Sujet : Doudou Masta
Présentation

Interview Mai 2003 par Paola (DYLIT)
DOUDOU MASTA
" En 1990, on découvrait le timbre grave et saisissant de Doudou Masta, au sein de Timide et Sans
Complexe (TSC). Ce groupe de Vitry tapait le poing sur la table, avec un rap dense, sans concession
(quatre disques entre 1992 et 1996). La "marque" Doudou Masta, c'est un mélange de chronique du
quotidien, crachée sur le vif, et de manifeste hardcore politique (au sens originel du terme : politikos,
"de la cité" en grec classique). Mais surtout pas de langue de bois. Dans le mouvement, les rimes au
vitriol du rappeur vitriot forcent l'attention et le respect.
Une décennie plus tard, Doudou Masta est toujours dans la place, fin prêt pour sortir son premier
album solo, «Mastamorphoze». On retrouve à la réalisation : Sulee B Wax, Gang du Lyonnais, Cut
Killer, Diesel ainsi que plusieurs invités tels que: Jeru The Damaja, Diam’s, Afrodiziac…. "

Depuis le temps que tu fais du rap on peut maintenant te considérer comme un ancien. Tu peux nous raconter tes débuts ?
Où est ce que tu te situes parmi les styles de rap ?
J’aime pas trop le terme d’ancien mais c’est vrai que ça fait un bon bout de temps que je suis dedans.
Je suis arrivé au rap par le biais de la danse et celui du mouvement hip-hop qui me paraissait correspondre le mieux aux attentes de notre génération. Il y avait eu le rock dans les années 60, le disco dans les années 70 puis vers le milieu des années 80, on a commencé à entendre du rap et à kiffer ça. J’ai commencé à danser, à smurfer, à breaker.

Je ne cherche plus à me situer, je me considère comme un musicien. J’ai eu longtemps l’étiquette du rappeur hardcore, à textes, que je n’ai pas vraiment envie de perdre car je compte continuer à faire des textes intéressants mais j’ai aussi envie de m’amuser. J’ai envie de faire du rap avec une certaine liberté d’esprit, en gardant la possibilité d’être crue tout en pouvant aussi poser sur des trucs plus dance-hall.
J’ai fait des compétitions et à force d’être dans le délire avec mes potes, on a commencé par se chambrer en rappant quand on prenait le train puis un de mes potes m’a conseillé d’écrire des textes et c’est comme ça que ça a commencé, j’avais 14-15ans.

Après j’ai fait partie du groupe Timide et Sans Complexe. On a fait des albums et on a travaillé avec des gens comme Rappatitude ou Matthieu Kassovitz.
Puis on y prend vraiment goût parce que ça te permet de parler du ghetto alors que les gens n’y étaient pas trop habitués, surtout de cette manière là.

" je regrette qu’on ai laissé les rênes de notre délire entre les mains de gens qui ne se soucient que du profit "

Tu as tout de suite vu dans le rap un mode d’expression social ?

Au départ j’en n’avais pas conscience, je voulais juste dire tout haut ce que jusque là on avait dû penser tout bas. A l’époque on avait pas la possibilité de passer à la radio, on n’avait pas vraiment de style musical qui nous représentait. Il y avait la funk et le reggae mais très peu d’entre nous avaient pris le parti de faire ce genre de musique. Le rap nous a permis de dire tout ce qu’on voulait alors on a essayé de pousser les portes des radios pour faire passer le message le plus loin possible. Le message comprenait aussi des coups de gueule ou des histoires basées sur la réalité telle qu’on la vivait.

Mais tu parles d’un message donc tu étais déjà engagé d’une certaine manière. Tu penses que cet engagement était spontané dans les débuts du rap ?

Le rap avait commencé bien avant moi, même en France avec des mecs comme Johnny Go des Three Men , Nec plus Ultra, Dee Nasty, Lionel D… Il y avait déjà des pointures, je n’ai fait que m’incruster dans un mouvement qui prenait naissance. Je n’ai fait que raviver la flamme qui avait déjà été allumée par d’autres.

Comme dans tout, le rap évolue et prend de la maturité . Au tout début, c’était tout beau tout neuf avec des valeurs comme unité, paix… Puis le mouvement a été rattrapé par le système économique. Aujourd’hui tous les acteurs du rap espèrent en vivre et bien. Au départ, on faisait plutôt ça pour le fun, on était un mouvement underground hardcore. Actuellement il existe plusieurs styles de rap et c’est plutôt positif. Ca laisse plus de choix au public. Même si on trouve de mauvaises choses ce n’est pas très grave car elles ne font que valoriser les bonnes.

Alors aucun regret en ce qui concerne l’évolution du rap ?

Le seul regret c’est de voir que ce sont de grosses multinationales qui ont pris le relais de ce qu’on avait commencé. Ce sont elles qui fixent les règles du jeu dans le rap et je regrette qu’on ai laissé les rênes de notre délire entre les mains de gens qui ne se soucient que du profit. Ils ne distinguent pas un rappeur d’un autre, tout ce qui les intéresse c’est ce qui se vend.

Et l’avenir ?
Pour l’instant j’espère concrétiser quelques projets avec pas mal de monde, entre autres Cut Killer.





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